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L'appel des voix d'airain : chronique de la Libération de Saint-Mandé

libération,saint-mandé,jean bertaud,coste,août 1944Cet article est un hommage aux patriotes qui voilà plus de 70 ans ont libéré Saint-Mandé.

L'appel des voix d'airain c'est ce moment particulier à la Libération où toutes les cloches de Paris ont résonné dans un même élan.

Chaque cloche a sa voix caractéristique et reconnaissable à une oreille exercée ...

Les faits et citations ici repris sont issus du fascicule "Saint-Mandé dans la Libération, l'ombre et la lumière", publié par le comité local de la Libération.

Récit de ces jours cruciaux de la fin août 1944 à Saint-Mandé. 

 

C'est au 8 de la rue Allard que l'Histoire s'écrit. Les patriotes, "ceux qui ne toléraient la présence de l'Allemand que contraints et forcés et se souvenaient en même temps de nos gloires passées, de la douceur des libertés républicaines", se réunissent clandestinement derrière l'ingénieur Coste et Jean Bertaud. Ils seront toujours plus nombreux.

Le 16 août 1944, le Comité Local de Libération y est constitué et Bertaud en est désigné président à l'unanimité. Il a la responsabilité de déclencher l'action et d'en diriger les grandes lignes.

Tous sont là : "Ex-Croix de Feu, Communistes, Socialistes, P.S.F, Démocrates, incroyants et chrétiens, patrons et ouvriers, riches et pauvres se sont enfin retrouvés sous le signe de la Croix de Lorraine"

Dès le 17 août "sur l'initiative de M Giraud, secrétaire général de la Mairie, et contre le gré de certaines personnalités timorées ou craintives, pour ne pas dire plus, le drapeau tricolore fut arboré au balcon de notre hôtel de ville, assurant ainsi à notre commune la primauté des gestes libérateurs". Ce qui déclenchera quelques "salves de mitraillettes sans résultats fâcheux".

Le 18 août, "des convois allemands fortement encadrés, venant du Sud, remontent à chaque instant la rue de la République et par la rue de Paris se dirigent vers le fort de Vincennes. L'avenue Daumesnil, les boulevards Carnot et Sault, le bois, dans sa partie proche de Saint-Mandé, sont parcourus par de fortes patrouilles. En bras de chemise, le regard mauvais, les soldats allemands vont et viennent, la grenade prête au lancer ou la mitraillette en position de tir".

Le 19 août, Malézieux "chargé de mission, part pour les quartiers du Centre d'où doivent provenir des ordres". Il ne reviendra pas ... (A noter qu'il n'y a plus de métro depuis le 13 août)

Le 20 août, "Bertaud se  fait ouvrir la porte de l'Ecole des Garçons. A la concierge qui stupéfaite, s'étonne de cette brusque incursion, il présente son brassard en signifiant : "Résistance, nous occupons l'Ecole ... Mme Mosmant accepte alors avec le sourire l'envahissement du préau". Des postes de surveillance sont installés aux carrefours stratégiques. Mais les allemands circulent toujours. Ce même 20 août, M Albert Euvrard, ancien officier aviateur de la guerre de 1914-18 demeurant avenue Daumesnil est fusillé par les allemands pour avoir hissé les couleurs à la cime d'un arbre de son jardin et parce qu'il détenait un drapeau américain.libération,saint-mandé,jean bertaud,coste,août 1944

Le 21 août à 8 heures du matin, les hommes se réunissent devant la gendarmerie et les couleurs sont hissées. Bertaud déclare alors "Saint-Mandéens, mandaté par les groupes de résistance, je déclare qu'à dater de cette minute, Saint-Mandé est placé sous l'autorité du Gouvernement d'Alger, qui sera bientôt celui de toute la France". Et les hommes partent prendre possession de la Mairie accompagnée par une foule de plus en plus dense. "Se réunissant dans le Cabinet du Maire, le Comité de Libération procède à la constitution de la Municipalité et du Conseil Municipal provisoire". L'urgence est au maintien de l'ordre et à l'approvisionnement. Et c'est "une vibrante Marseillaise qui fait trembler les murs de l'édifice municipal".

Le 22 août, c'est la question du ravitaillement qui préoccupe. Il faut fournir en farine et en bois les boulangeries. "A la Mairie, Bertaud, Mercier, Poursain, Saleix siègent en permanence expédiant les affaires courantes".

Le matin du 23 août, "des camions chargés de prisonniers fait par les Allemands au cours des engagements de la nuit et de l'aube passent place de la Tourelle, se dirigeant à toute allure vers Vincennes. On remarque sur les plateaux, les mains croisées derrière la tête, des femmes, des agents de police en uniforme, des jeunes gens, dont la plupart d'entre eux seront malheureusement fusillés quelques heures plus tard". Par mesure de prudence, le comité décide de neutraliser les Ecoles, fréquentées par 600 enfants, et le PC militaire est transféré dans une villa rue Jean Mermoz. A Saint-Maurice, les allemands forcent les habitants à détruire les embryons de barricades. A Vincennes les tanks allemands sont entrés en action et la Mairie de Montreuil occupée par les patriotes a été attaquée. 

Le 24 août : "les nouvelles sont rares et toujours contradictoires". En début d'après midi, ordre est donné à la population de dresser les barricades "place de la Tourelle, rue de la République, rue de Paris". En début de soirée "des explosions particulièrement violentes mettent leur point d'orgue  dans le concert infernal qui, au nord, au sud, à l'ouest se déchaîne. Une partie du chateau de Vincennes vient de sauter ... Vers 11 heures, le bruit se répand que les troupes du général Leclerc sont à l'hôtel de Ville". Autorisation est donnée à l'abbé Gros de faire sonner les cloches de Notre-Dame de Saint-Mandé : "A l'appel des voix d'airain , l'enthousiasme fait place au délire ; le peuple entier crie, chante, revit, la "Marseillaise retentit, puis la "Madelon". La foule ivre de joie se précipite place de la Mairie, elle acclame avec le Président du Comité de la Libération, tous ceux qui se battent, De Gaulle, la liberté qui se redresse, la France ...".libération,saint-mandé,jean bertaud,coste,août 1944

A cet instant précis, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour ma grand-mère, l'émotion qui était la sienne, lorsqu'elle elle m'évoquait les cloches parisiennes qui sonnaient à pleine volée pour annoncer la libération de Paris.

Dans la nuit du 24 aout, "le groupe franc, avec Coste, André et Houdbine, ne reste pas inactif, après une série de patrouilles et d'accrochages dans le 12ème arrondissement, il participe aux engagements de Vincennes où, avec le groupe Sire, il réussit à s'approcher du Château et à pénétrer dans les casemates. Là sont stockées armes et munitions. Une allée et venue rapide en camionnette permet d'approvisionner Saint-Mandé".

Vendredi 25 août. Les journaux édités par les presses clandestines refont leur apparition. "Au métro Tourelle, la foule fait queue pour acheter le quotidien qui s'appelle "Front National", "Libération", "Le Populaire", "L'Humanité" ... Tous célèbrent à l'envie l'action insurrectionnelle et ses résultats considérés comme définitivement acquis". Les barricades sont ouvertes pour laisser le libre passage aux blindés de la division Leclerc. Et à midi, une colonne française est là, place de la Tourelle. "Par la rue de la République, la rue Allard, le boulevard Carnot, c'est un défilé triomphal ...". Les couleurs sont hissées sur les Ecoles "puis une Marseillaise enthousiaste permet à tous ces petits Français d'extérioriser enfin leurs sentiments".

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Quelques instants plus tard "sur l'Avenue de Paris, des rafales de mitrailleuses se précipitent, des coups de feu, tantôt isolés, tantôt groupés, leur répondent. Des éclatements violents de grenades qui se situent au débouché de l'Avenue Gambetta, puis de la rue du Parc" mettent en émoi la population. "Une auto-mitrailleuse lourde et un tank allemands venant du Fort ont tenté de remonter vers la Nation". Les FFI et les groupes de sécurité les ont stoppé. Neuf hommes s'échappent et se réfugient au 4ème étage du 17 de la rue Céline Robert. Il faudra de nombreux morts et blessés pour en venir à bout. "Un poste de secours est hâtivement installé dans les sous-sols du café de la Tourelle". Au même instant d'une des immeubles de l'avenue Victor Hugo des tirs miliciens ou allemands visent les patriotes qui répliquent. Il faudra plusieurs jours pour qu'ils se taisent définitivement. Le soir l'Etat-Major demande de faciliter le passage des troupes en démolissant les barricades.

Le 26 août, les soldats américains défilent dans un Saint-Mandé, qui arbore à ces fenêtres les drapeaux français et alliés. Une colonne s'enfonce dans le Bois de Vincennes. La mission étant de nettoyer le bois, la boucle de la Marne et à pousser vers l'Est. "Toute la journée, dans la sécurité revenue , c'est un défilé ininterrompu et le soir encore les visiteurs ont quelques regrets de quitter des charmants compagnons qui manifestent pour les Français et disons-le aussi pour les Françaises une sympathie qui fait bien augurer de nos futurs rapports avec les citoyens de la libre Amérique".

Le dimanche 27 août "marquera la fin de ce que nous appellerons la période patriotique insurrectionnelle".

Cet article a été publié initialement le 20 août 2014, puis le 21 août 2016 sur ce même blog

Lien permanent 4 commentaires Catégories : Culture, histoire et développement durable Imprimer

Commentaires

  • Très passionnant. Merci pour eux également.

  • Bonsoir,
    Mon oncle à été tué à St Mandé au moment des événements de la libération Il été cannonnier dans la deuxième DB, les seule informations qui nous reste dans la famille c'est quelque photos et une photo d'une plaque commémorative à St Mandé, il s'appelait Pierre Gilardi.
    Si vous avez quelque informations sur les événements le concernant nous en serions ravi.
    Nous sommes sur Nice
    Cdt
    Serge Gilardi

  • Bonsoir,
    Ce matin a eu lieu la commémoration de la Libération de Saint-Mandé. Et les honneurs ont été rendus à votre oncle et aux autres morts pour la France, tombés à Saint-Mandé.
    Dans le fascicule "Saint-Mandé dans la Libération" il est dit ceci : "Le lieutenant Karnowsky, de l'armée Leclerc est tué par une grenade dans le couloir de l'immeuble. Tués également Edmond Duval, de la Section 24 bis du "Front National", ainsi que le soldat Gillardi, également de l'armée Leclerc. Tués également Liger, Milhau, Quinchard, Ogée et quatre autres inconnus".
    Je vous adresserai une photo du monument sur lequel est gravé le nom de votre oncle.
    Cordialement,
    L. Alonso

  • Bonjour Luc,

    Tout d'abord un Grand MERCI pour ce rappel de notre histoire...
    Ce rappel m'amène une nouvelle fois à me poser la question suivante...
    Ne dit-on pas;
    Que le passé sert à construire l'avenir...
    Est ce que ce dit-on est encore vrai?
    Toute mon amitié et encore merci...

    Alain DUMESNIL

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